10 questions à Anne van Gaver
Nouveau mentor chez France Mentor

Anne Van Gaver : trente ans au service de l’autre, et la conviction que tout commence là
Après trente ans consacrés à la formation et à l’accompagnement de carrière, Anne Van Gaver n’a pas perdu une once d’enthousiasme — parce que sa pratique repose sur une conviction simple et profonde : notre progrès personnel passe par les autres.
HEC, DEA de gestion, coach professionnel certifiée, dix ans à l’APM aux côtés de dirigeants en quête de sens et d’ancrage — son parcours est celui d’une femme qui a fait de la relation le cœur de son métier. Pas la relation comme technique, mais comme posture : écoute, humilité, transmission généreuse.
Présidente de Référence Retraite, elle s’est aussi imposée comme l’une des rares spécialistes de l’accompagnement des transitions de fin de carrière — un angle mort de la vie professionnelle qu’elle éclaire avec autant de rigueur que de bienveillance. En rejoignant France Mentor, elle apporte une expertise rare et une question qui traverse toute son œuvre : comment aider l’autre à puiser dans ce qu’il a déjà construit pour entrevoir ce qui vient ensuite ?
1.Trente ans consacrés à la formation et à l’accompagnement de carrière : qu’est-ce qui vous anime encore aujourd’hui dans l’accompagnement des autres, après un tel parcours ?
Permettre à une personne de progresser suite à une formation ou un accompagnement me donne toujours beaucoup de joie et d’énergie. J’ai eu la chance de travailler avec des profils très variés, des jeunes professionnels aux dirigeants en passant par les cadres confirmés. La relation d’accompagnement permet un vrai enrichissement mutuel.
2.Vous avez passé 10 ans à l’APM à accompagner des dirigeants. Qu’est-ce que cette expérience vous a appris sur les besoins réels d’un dirigeant — ceux qu’il n’exprime pas toujours facilement ?
Les dirigeants ont besoin de rompre leur isolement, de s’entourer de personnes en qui ils ont confiance, pour partager leurs défis et leurs questionnements. Des lieux comme l’APM sont très précieux car ils leur permettent d’exprimer leurs doutes et leur part de vulnérabilité dans un espace sécurisé, comme ils peuvent être amenés à le faire avec un coach.
3.HEC, DEA de gestion, coach professionnel : comment ces formations ont-elles façonné votre façon d’accompagner — et laquelle a eu le plus d’influence sur votre posture de mentor ?
Mon parcours de formation de coach m’a permis de progresser dans ma manière d’accompagner, en étant encore plus centrée sur la relation avec l’autre. Mais ce qui m’a peut-être le plus façonnée est la formation Career Counselling que j’ai suivie en 2010 et le livre d’Herminia Ibarra « Working Identity » : j’ai compris que notre expérience est un véritable trésor pour trouver les réponses à nos questions en matière de devenir professionnel. Regarder dans son passé et son présent pour entrevoir demain. En tant que mentor, j’amène les personnes à tirer tout le positif de leurs expériences — cela leur donne souvent toutes les clés et la confiance dont elles ont besoin.
4.Vous êtes Présidente de Référence Retraite. La transition vers la retraite reste un angle mort de l’accompagnement professionnel. En quoi le mentorat est-il particulièrement adapté pour traverser cette étape ?
La transition vers la retraite est une période de changement majeur qui amène à recomposer son équilibre de vie. C’est effectivement une période peu accompagnée, alors que la retraite administrative ne signe pas forcément la fin de sa vie professionnelle, encore moins de sa vie active ! Comme pour tout changement important, se faire accompagner peut aider à mieux discerner et cheminer, quelle que soit la modalité choisie. L’essentiel est de ne pas rester seul face à ses interrogations.
5.La fin de carrière touche souvent à des questions d’identité profondes. Comment accompagnez-vous un mentoré qui remet en question ce qu’il a construit pendant 30 ou 40 ans ?
Le parcours que l’on a construit pendant 30 ou 40 ans est une formidable matière où aller puiser des enseignements sur nos valeurs, nos besoins, nos aspirations. Se remettre en question est un très bel exercice à ce stade de maturité, où le champ des possibles demeure vaste.
6.La pédagogie de la transmission est l’une de vos expertises. Qu’est-ce que bien transmettre signifie concrètement pour vous dans une relation de mentorat ?
La transmission, dans une relation de mentorat, concerne notamment l’expérience du mentor. Il me semble important de rester humble, d’être généreux tout en restant détaché. On offre à l’autre une contribution dont il se saisira ou non — peu importe, cela contribuera à son cheminement personnel.
7.Vous intervenez sur le développement des dirigeants depuis de nombreuses années. Quels sont les angles morts les plus fréquents que vous observez chez eux — et que le mentorat permet précisément d’éclairer ?
Les dirigeants peuvent avoir tendance à beaucoup porter sur leurs épaules et parfois oublier qu’ils sont vulnérables : il leur faut, paradoxalement, apprendre à ne pas être indispensable au bon fonctionnement de leur entreprise. Le mentorat peut les aider à reconnaître leurs fragilités et à prendre davantage soin d’eux. Ils peuvent aussi être dans le déni de certains risques pour leur activité (ruptures de chaînes d’approvisionnement, risque climatique…). Bénéficier de l’expérience d’un dirigeant qui a traversé des crises peut les aider à mieux se préparer à affronter celles qu’ils rencontreront forcément sur leur chemin.
8.Conseil en carrière et mentorat sont deux pratiques proches. Où tracez-vous la frontière entre les deux dans votre accompagnement au quotidien ?
Les deux pratiques partagent la même philosophie : progresser grâce à une relation d’altérité. Elles reposent toutes deux sur l’écoute et le questionnement. Le mentorat implique une démarche de transmission : le mentor partage son expérience, qui est souvent pertinente pour le mentoré — c’est peut-être là la différence avec le conseil en carrière, mais la frontière est parfois ténue.
9.En trois décennies d’accompagnement, y a-t-il une conviction sur le développement humain qui s’est renforcée avec le temps plutôt que de s’éroder ?
Une conviction s’est renforcée avec le temps : quels que soient l’enjeu, la question, le défi à relever, se raconter et échanger avec une autre personne — ou un cercle de personnes — fait toujours avancer. Notre progrès personnel passe par les autres.
10. Vous avez rejoint France Mentor. Qu’est-ce qui vous a décidée à franchir ce pas — et quel type de mentoré espérez-vous rencontrer au sein de l’association ?
Je suis impatiente de découvrir de nouveaux mentorés qui pourraient bénéficier de mon expérience, soit dans le domaine de la transmission (pour développer leur impact lors d’une intervention ou d’une formation), soit dans l’accompagnement des transitions, y compris celles de fin de carrière. J’ai été séduite par le projet de France Mentor : réunir des professionnels expérimentés et contribuer à diffuser le mentorat dans les organisations, une pratique à la fois sobre et puissante.
« Notre progrès personnel passe par les autres »
Ce qui traverse tout l’entretien d’Anne Van Gaver, c’est une cohérence rare entre ce qu’elle dit et ce qu’elle fait. Trente ans à accompagner les autres, et toujours la même certitude : c’est dans la relation — pas dans les outils, pas dans les méthodes — que se joue l’essentiel du développement humain.
Sa spécialité des transitions de fin de carrière dit quelque chose de profond sur sa vision du métier : elle ne s’intéresse pas seulement aux montées en puissance, mais aussi aux passages, aux repositionnements, aux moments où l’on doit puiser dans ce que l’on a été pour comprendre ce que l’on va devenir. C’est précisément ce qu’elle apporte en mentorat — cette capacité à faire de l’expérience accumulée non pas un poids, mais une ressource.
En rejoignant France Mentor, Anne Van Gaver ne change pas de cap. Elle continue, simplement, de faire ce qu’elle a toujours fait : aider l’autre à avancer. Avec humilité, générosité — et la conviction que notre progrès personnel passe par les autres.






